Lorsqu'en janvier 2010, je découvre les premiers signes avant-coureurs d'un retour éventuel dans notre mère patrie, je sais que les semaines vont être dures. Nous sommes partis pour des raisons professionnelles, nous rentrerons pour ces mêmes raisons. Le choix sera dur et pendant quelques semaines notre cœur balance entre des opportunités professionnelles (pour mon mari et moi) en France plus importantes et la qualité de vie que nous apporte Singapour. De longues discussions, des bouteilles lancées en France pour confirmer les pistes de mon côté, etc. Et au bout du processus, la décision de rentrer...

Avec le cortège de formalités et corvées inhérentes à tout déménagement!

Heureusement forte de mes lectures et discussions Expatclic, je suis prévenue: l'impatriation (le retour au pays) est une expatriation comme les autres et se prépare...  Nous tentons d’anticiper le mieux possible. Par exemple, je refuse tout net la solution proposée par l’entreprise de Nico. Il est hors de question que nous nous retrouvions à 5 (avec Jocelyn dans nos bagages) dans les 40 m² d’un appartement temporaire meublé à la Défense. Je retrousse mes manches et nous épluchons les petites annonces de meublés dans notre quartier cible… Je cherche Nico visite et signe

Car rentrer au pays a un avantage : nous sommes en terrain connu et nous ciblons tout de suite les quartiers où nous souhaitons rester à moyen terme.

Nous trouvons 3 semaines avant notre retour effectif le meublé qui va bien : 3 chambres dans LE quartier qui va bien, bien desservi, à proximité d’un parc, de bonnes écoles, pas loin de notre pédiatre chéri, pratique pour moi et Nico.

L’avantage de cette solution : nous ne cherchons un appartement définitif qu’une seule fois. Nos meubles n’arriveront au mieux que 2.5 mois après nous, nous avons donc le temps de trouver un « chez-nous » qui nous convient sans devoir camper ou déménager plusieurs fois. Nous resterons finalement 5 mois dans ce meublé, le temps que nous trouvions et finalisions l’achat de l'appartement. Moins de tracas et moins de tralala pour les enfants.

PG fait sa rentrée en petite section début mai à l’école de quartier : choc culturel ! Il arrive en cours d’année avec des clans et des amitiés formés, le 29ème élève de sa classe,.. Heureusement la maîtresse est très attentive et il s’adapte sans trop d’efforts. La rentrée de septembre se passera comme une lettre à la poste, il est désormais chez lui !

Le français qui était sa langue secondaire - tout était en anglais à Singapour -, a repris le dessus et c'est désormais l'anglais que nous travaillons consciencieusement.

La présence de Jocelyn, avec nous depuis 3 ans, facilite la transition.

Je redécouvre l’administration française avec ses joies, ses peines et ses bonnes surprises. Chloé est née à Singapour, elle n’existe donc pas pour la CAF. Les conversations sont parfois dignes d’Astérix et les 12 travaux… La clé : obtenir le nom du formulaire à remplir et suivre par mail/téléphone. Et encore, j’avais déjà des droits ouverts grâce à notre fils, né lui, en France… Je n’ose imaginer le parcours du combattant pour des familles dont aucun des enfants n’est né en France dans le parcours de maternité prévu par la Sécu et la CAF….. Re-belote à la CPAM.. Seuls les impôts seront rapides et réceptifs du 1er coup..

Bizarrement, j’avais oublié ces aspects loin de France.  J’ai eu néanmoins beaucoup de chance et suis, à force de harcèlement téléphonique, rentrée en contact avec des interlocuteurs compétents et charmants qui ont démêlé mes écheveaux efficacement (après 2 à 4 mois de galère quand même !). Quel contraste avec l’administration Singapourienne, efficace, rapide et où l’on note la prestation du fonctionnaire en fin d’entretien. Un autre monde !

Côté professionnel, je rentre en France en ayant un poste, ayant négocié 2 semaines de pause avant de reprendre à mi-temps les premières semaines. Mon employeur pré-expat, qui m’a employé en expat (en contrat local), m’a proposé un poste intéressant (c’est d’ailleurs un des éléments qui ont fait pencher la balance en janvier..). La situation est donc idéale, au moins sur le papier.

Mais les 1ers mois, j’ai la sensation d’être dans une 4ème dimension, tant pour certains mes 3 années d’absence sont effacées : je suis de retour et c’est comme si je n’étais jamais partie. Je réintègre mon ancien département à un autre poste, à un autre grade mais les habitudes se recréent très (trop ?) rapidement… La prise en compte de ces 3 années avec les changements qu’elles ont générés en  moi (bien plus importants et profonds que je l’aurai deviné) sera lente.

Plus que tout autre, le révélateur de la profondeur des changements sera les débats et les grèves sur les retraites et la protection sociale française. 3 ans à Singapour, pays où la protection sociale n’existe pas, où les inégalités sont flagrantes, où l’accès aux soins dépend d’un travail et des moyens financiers de la famille, où la retraite est de la pure capitalisation ... Bref, 3 ans à mieux comprendre la chance du Français et cela génère un mur d’incompréhension face à certaines réactions…

Notre chance a été aussi de bénéficier du soutien de notre réseau familial et amical dont beaucoup ont connu l’expatriation et le retour : ils nous ont laissé parler, laisser exprimer notre nostalgie, exprimer notre frustration, nos coups de blues…  Nous avions une plateforme vers qui nous tourner quand nous nous heurtions à un imprévu : nous avions changé en 3 ans, parfois sans nous en rendre compte et la France aussi a changé..

Heureusement que l’on m’avait prévenue : l’impatriation, c’est une expatriation comme les autres : il faut du temps pour se sentir à l’aise, même de retour à la maison..

Nous sommes rentrés il y a 8 mois et nous commençons enfin à nous sentir chez nous.